14 octobre 2006
DSK : au bout du compte, le meilleur candidat pour battre Sarkozy
DSK : « je veux convaincre que je serai, au bout du compte, le meilleur candidat pour battre Sarkozy et le meilleur président pour les Français »
Dans une interview pour le JDD parue ce samedi, DSK fait part de sa volonté de gagner la primaire sans se soucier des « alliances » et des « petites phrases ». Comme Ségolène Royal elle-même (interview sur France Inter du 29 août 2006), DSK n’est pas favorable à un ticket (il l’avait déjà dit sur RMC le 20 juillet dernier), notion politique qui n’existe pas en France.
PARIS (AP) – 14/10/2006 – A la veille du premier débat entre les trois candidats du PS, Dominique Strauss-Kahn affirme dans un entretien au Journal du Dimanche vouloir « l'emporter » et ne pas raisonner « en termes d'alliance avec les uns ou d'opposition avec les autres ».
« Je veux convaincre que je serai, au bout du compte, le meilleur candidat pour battre Nicolas Sarkozy et le meilleur président pour les Français », souligne-t-il, déclarant ressentir « comme un frémissement depuis quelques jours ».
Quant à l'éventualité d'un ticket Royal - Strauss-Kahn, si la présidente de Poitou-Charentes devait être désignée, DSK ne veut pas en entendre parler pour l'instant. « Je suis candidat pour une fonction de président qui existe, pas pour une fonction de vice-président qui n'existe pas », relève-t-il.
Persuadé qu'une fois la campagne interne passée, le Parti socialiste « sera rassemblé », le député de Sarcelles ne dit penser qu'au « chemin pour l'avenir » qu'il compte proposer aux Français. « J'ai 39 jours pour convaincre les militants socialistes. Alors je fonce sans me préoccuper des débats sur les débats. » AP
13 octobre 2006
Le social comme priorité et la démocratie comme méthode
Profession de foi de Dominique Strauss-Kahn publiée dans l'Hebdo des socialistes envoyé à toutes les adhérent(e)s aujourd'hui.
Chère Camarade, Cher Camarade,
Nous y voilà donc !
Dans moins de cinquante jours, tu vas choisir qui portera les couleurs de notre parti, les espoirs de la gauche et demain, je l’espère, la responsabilité de la France.
Je ne sais pas si tu as déjà fait ton choix. Mais je sais que beaucoup de militants – peut-être même de plus en plus - hésitent encore. Ils s’interrogent, lisent, écoutent, discutent, réfléchissent.
Le débat vient de commencer. J’en suis heureux.
Je suis candidat. Et je veux te dire pourquoi. Il ne s’agit pas davantage d’une ambition ancienne que d’une révélation récente. Depuis le choc du 21 avril, je n’ai cessé de sillonner notre pays. Et c’est parce que j’ai la conviction de pouvoir apporter des réponses aux problèmes auxquels il est aujourd’hui confronté que je suis candidat.
Car ce qui est en jeu, c’est notre modèle social et, ce faisant, notre identité républicaine et laïque.
Ma réponse, c’est une social-démocratie renouvelée, repensée, épanouie. C’est le social comme priorité et la démocratie comme méthode ; c’est un Président de la République engagé et des contre-pouvoirs syndicaux, associatifs et politiques renforcés ; c’est l’exigence de la vérité et du respect.
Oui, l’avenir de notre modèle social est en jeu.
La mondialisation, avec l’arrivée de trois milliards de travailleurs supplémentaires, vient modifier durablement le rapport de force entre le travail et le capital.
La droite a renoncé à défendre notre modèle : c’est ce qu’elle appelle la « rupture ». Sa politique depuis cinq ans a ébranlé en profondeur le pays. Et ses projets, s’ils étaient appliqués – je songe, pour ne prendre qu’un seul exemple, à la suppression de l’impôt sur les successions – finiraient de le détruire.
Je refuse ce renoncement. Je crois en la modernité de nos valeurs. Je crois en la possibilité de retrouver, en moins d’une décennie, le plein emploi. Je crois même en la possibilité de voir la France redevenir la première voix européenne. Oui, je crois en la capacité de notre peuple à relever ces défis.
Que nous disent les Français ? Ils disent et répètent « Pouvoir d’achat ». « Chômage ». « Précarité ». « Education ». « Logement ». « Santé ». « Retraites ». Tout converge. Tout, d’une manière ou d’une autre, ramène à la lutte contre les inégalités. Tout repose sur notre capacité à créer des richesses. Tout renvoie à notre modèle social.
Telle est, j’en suis convaincu, la demande profonde des Français.
Tel est aussi, même si tous les candidats socialistes ne partagent pas cette analyse, l’intérêt politique de la gauche si elle veut l’emporter. La droite joue sur les peurs de l’insécurité et de l’immigration. Répondons-lui – nous ne manquons pas d’arguments tant son bilan est mauvais et l’élu de banlieue que je suis sait que la fermeté est indispensable. Mais replaçons le débat, replaçons-le toujours, sur les questions économiques et sociales.
A la question de savoir quelles sont mes trois principales priorités, je réponds : en un, le social ; en deux, le social ; en trois, le social.
Je m’inscris avec fierté dans la longue histoire et les grands combats de la gauche qui, depuis plus d’un siècle, ont apporté leur pierre à la lutte contre les inégalités. Mais je sais que, pour être efficaces, nous devons renouveler nos analyses, nos instruments, nos modes d’action.
Aujourd’hui, les inégalités se généralisent : entre les revenus et les patrimoines, dans l’accès à l’emploi et dans les conditions de travail, dans la santé et dans le logement, à l’école et à l’université. Elles se concentrent sur certains territoires. Elles se cumulent. Ce sont toujours les mêmes qui réussissent et toujours les mêmes qui échouent.
Lutter contre les inégalités, c’est améliorer la redistribution, notamment fiscale, conforter les services publics et renforcer les filets de sécurité face aux nouvelles formes d’exclusion.
Mais réparer les dégâts engendrés par le marché ne suffit plus. Il faut empêcher les inégalités de se créer en agissant en amont, en les attaquant à la racine, en donnant plus à ceux qui ont moins. C’est en concentrant les capitaux publics sur ceux qui ont moins de capital social que nous construirons l’égalité réelle.
Je défends un nouveau rapport entre l’économique et le social. Prenons conscience qu’aujourd’hui, plus que jamais, l’investissement social est un investissement économique. Donner la priorité à l’éducation et à la santé, c’est valoriser le capital humain. Valoriser le capital humain, c’est la condition pour entrer dans l’économie de la connaissance. Et choisir l’économie de la connaissance, c’est trouver notre place dans la mondialisation.
Je veux que nous nous saisissions aussi des questions du futur. La révolution énergétique de l’après-pétrole et la révolution démographique du vieillissement sont devant nous. Elles vont modifier nos systèmes de production et bouleverser nos modes de vie. Nous ne devons pas subir ces changements. Nous devons les anticiper pour les maîtriser.
Pour porter ce nouveau socialisme qui émancipe, qui libère l’individu de ses origines et qui remet en mouvement la mobilité sociale, je défends une nouvelle conception de la démocratie et notamment du rôle du Président de la République.
Je veux un Président engagé. Je ne veux plus qu’il soit un arbitre, mais un acteur. Je ne veux plus qu’il fixe de loin en loin, d’une phrase obscure, une orientation ; mais je veux que, au jour le jour, il s’engage, porte une politique et réhabilite ce beau mot de responsabilité. Le temps d’un président-monarque est révolu. Oui, le temps d’un président engagé est venu.
Une telle évolution impose évidemment de renforcer les contre-pouvoirs.
C’est vrai de la démocratie sociale. Je propose une nouvelle articulation entre la loi et le contrat, avec des accords majoritaires signés par des syndicats à la représentativité rénovée.
C’est vrai de la démocratie locale. La gauche a lancé la décentralisation. Une autre étape est nécessaire pour donner aux collectivités des responsabilités nouvelles – et je n’oublie ni les ressources financières, ni la solidarité nationale qui doivent fonder la nouvelle République territoriale.
C’est vrai enfin de la démocratie politique. Pour aller vers une République parlementaire, pour que le législatif contrôle réellement l’exécutif, il ne manque pas seulement au Parlement des pouvoirs, il lui manque trop souvent aussi des parlementaires : l’instauration du mandat unique est, pour moi, la mère de toutes les réformes.
Le social comme priorité. La démocratie comme méthode. J’ajoute que ma social-démocratie est laïque, réformiste, européenne et internationaliste.
Être réformiste, c’est avoir conscience que lorsqu’une avancée est refusée au prétexte qu’elle n’est pas suffisante, ce sont toujours ceux qui en ont le plus besoin qui en souffrent. C’est vouloir réformer dans la durée, du premier jusqu’au dernier jour.
Être européen, c’est vouloir relancer l’Europe politique et sociale. Le référendum nous a divisés. Mais je ne veux pas mettre mon engagement de toujours dans ma poche : on ne réconciliera pas le « oui » et le « non » par un silence pudique, mais par une action résolue. Ce sera la mission du Président de la République qui, dès son élection, partira défendre notre projet au Conseil européen présidé par nos partenaires allemands.
Être internationaliste, c’est porter une vision généreuse, ouverte, humaniste de la France ; c’est assumer notre responsabilité vis-à-vis de femmes et d’hommes qui n’habitent pas sur notre sol ; c’est défendre une autre politique étrangère ; c’est relancer l’aide au développement notamment en diffusant les médicaments génériques contre le SIDA.
Chère Camarade, cher Camarade, l’état d’esprit qui est le mien à l’ouverture de cette campagne tient en deux mots : vérité et respect.
La vérité. Nous ne convaincrons pas en nous contentant de slogans : nous devons être précis. Nous ne convaincrons pas en promettant tout à tout le monde : nous devons dire comment nous retrouverons les voies de la croissance et comment nous financerons nos priorités. Nous ne convaincrons pas par le double langage, en ayant un discours pour les militants et un autre pour les Français, un discours pour l’opposition et un autre pour l’exercice du pouvoir. Dans cette campagne, je veux porter l’exigence de vérité : elle n’est pas seulement le fondement éthique de la social-démocratie, elle est aussi l’instrument de la victoire et la garantie d’un exercice durable du pouvoir.
Le respect. Vis-à-vis des autres candidats, le vrai respect, c’est d’accepter de débattre, sur le fond, de nos convergences, mais aussi de nos divergences de priorités, de méthodes et de vision de la fonction présidentielle, pour éclairer démocratiquement le choix de chacun. Et puis, aussi, le respect des militants. La campagne interne est l’occasion d’un dialogue direct : face à la pression du sommet, à la pression des médias, à la pression des sondages, je choisis la politique, dans ce qu’elle a de plus noble.
Que la campagne commence !
Discutez et proposez sur le site de Dominique Strauss-Khan : www.dsk2007.net
08 octobre 2006
DSK sur LCI lundi matin sur LCI
Dominique Strauss-Kahn sera l'invité de Christophe Barbier lundi matin à 8h10 sur LCI. Bonne écoute.
Et retrouvez également toutes les vidéos et podcasts de DSK sur DSK2007.tv
05 octobre 2006
Dominique Strauss-Kahn : le candidat de la vraie gauche qui dure

« Etre candidat, c'est rendre à la France ce qu'elle m'a donné ». C’est sur ces mots que Dominique Strauss-Kahn a entamé hier soir à Alfortville, devant plus de 1800 adhérents socialistes, son premier meeting depuis le dépôt officiel de sa candidature à l'investiture socialiste.
Le candidat socialiste à l’investiture s'est fait l’avocat d’ « une vraie Gauche, qui dure, dans la droite ligne des conquêtes de la Révolution française, du Front Populaire et de la Résistance » et s’est présenté en homme de convictions, défendant l'idée d'un président qui dirige. « Il faut faire du président un joueur et non un arbitre », a-t-il insisté.
DSK a également récusé le « socialisme national » : « La France, je veux la protéger, la faire respecter. Mais je connais les dangers du nationalisme. Si le socialisme se réduisait à être national, il n'aurait plus de sens, il oublierait nos valeurs (...). Mon socialisme est un internationalisme », a-t-il lancé. « Le socialisme, c'est l'approfondissement de la République, ce n'est pas la réification de la nation. Nous le savons depuis Jaurès, Blum et Mitterrand », a-t-il déclaré sous les applaudissements. « L'adage dit qu'on ne peut servir deux maîtres. Moi, je choisis d'en servir deux : la République et la Gauche ».
DSK a célébré un « socialisme qui sache prendre les avancées » plutôt que les refuser parce qu’elles sont insuffisantes. « Il faut prendre le monde comme il est pour le changer ». Il a ouvertement revendiqué l'héritage socialiste, le droit de grève, les congés payés et n’a pas manqué de rendre hommage à Lionel Jospin et au travail de la gauche entre 1997 et 2002, appelant les communistes et les Verts à réaliser un contrat avec les socialistes, répétant la phrase de Karl Marx : « il vaut mieux un pas en avant que mille programmes ». DSK s'est engagé à ce que la gauche « renoue avec la feuille de paie » et instaure des « contrepoids et des contre-pouvoirs à l'économie de marché ». « Changer la vie de ceux qui souffrent, c'est cela que, pour commencer, je vous promets ! » a-t-il clamé sous des salves d'applaudissements. Et pour cela, il faut « une gauche qui apprenne à tenir ses promesses, une gauche qui dure, une gauche qui reste au pouvoir non pas par goût du pouvoir mais parce qu'il faut du temps pour que les réformes entrent dans les faits ».
« Je fais deux promesses : une campagne sans concession qui mène à la victoire contre la droite en 2007, et celle d'un retour de la vraie gauche, celle qui sait vraiment changer le monde en profondeur, celle dont les socialistes ont toujours rêvé » a-t-il promis aux socialistes et aux français.
Pour conclure, il a invité les socialistes à « une bataille pacifique mais déterminée » sous les auspices des trois étoiles auxquelles il croit plus que tout : la Gauche, la République et la France. "Strauss-Kahn, y va gagner". "DSK, président!", ont scandé les militants.
04 octobre 2006
Grand Meeting de soutien à DSK le 4 octobre à 19h à Alfortville

Gymnase Léo Lagrange
56, rue Etienne Dolet
94140 Alfortville
Accès : RER D (arrêt Maisons-Alfort-Alfortville), Métro 8 (arrêt Créteil-Université),
Bus 103 (arrêt Pce du Petit-Pont) ou 181 (arrêt le Vert de Maisons)
03 octobre 2006
Dominique Strauss-Kahn sera le candidat social-démocrate
PARIS (Reuters) - Dominique Strauss-Kahn a souligné son positionnement social-démocrate dans la course à l'investiture du Parti socialiste pour la présidentielle de 2007, affichant une volonté de se démarquer des deux autres candidats, Ségolène Royal et Laurent Fabius.
Pour le député du Val-d'Oise, il s'agit d'avoir le "social comme objectif" et d'être "démocrate dans la méthode".
Dominique Strauss-Kahn, qui était interrogé sur France Inter, a fait valoir que la social-démocratie du nord de l'Europe, allemande ou scandinave, qui laisse une grande part au contrat et à la négociation entre partenaires sociaux, est "plus adaptée au monde d'aujourd'hui".
En France, une trop grande confiance est accordée à la loi pour régler tous les problèmes, a-t-il dit, jugeant que la gauche n'était "pas assez" social-démocrate quand elle était au pouvoir.
Sur le fond, le candidat à la candidature a estimé qu'une politique sociale-démocrate appliquée aux problèmes des banlieues devrait constituer "un équilibre satisfaisant entre la répression qui est nécessaire et la prévention et l'attaque des causes de cette délinquance."
Parmi ces causes, il a cité l'analphabétisme, le chômage et la "disparition du lien social". L'adjoint au maire de Sarcelles (Val-d'Oise) en veut pour preuve des "quartiers entiers" de sa ville où il n'y a "pas un bureau de poste, pas un commissariat de police, pas un service public."
Tout en reconnaissant que la gauche avait "peut-être laissé trop de côté les questions de la répression", il accusé à cet égard le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, de ne viser au contraire "que la répression".
"Ne croyons pas qu'on puisse vivre dans une société policière, vers laquelle aujourd'hui la droite nous oriente, qui consisterait à laisser les causes d'explosion se multiplier et à vouloir derrière simplement jouer les pompiers", a-t-il lancé.
De même, en matière d'immigration clandestine, l'ancien ministre de l'Economie a estimé que s'il fallait la "combattre", il fallait aussi s'attaquer à la filière qui favorise cette immigration : passeurs, logeurs de clandestins et aux employeurs de clandestins, plutôt que de "pourchasser les victimes".
02 octobre 2006
Trois candidats socialistes pour porter un projet

Jack Lang a annoncé ce soir à 20h30 qu'il ne proposera pas sa candidature aux militants les 16 et 23 novembre 2006. Saluons au passage sa sagesse et son esprit de rassemblement qui porte l'intérêt du Parti socialiste au plus haut niveau, son attitude de grande dignité ainsi que sa combativité exemplaire face à la droite et au péril extrême que représente Nicolas Sarkozy pour notre pays.
Il y a donc officiellement trois candidats à l'investiture : Laurent Fabius, Ségolène Royal et Dominique Strauss-Kahn. Ce chiffre est non seulement tout à fait raisonnable alors qu'on pouvait craindre, il y a quelques mois, un débordement, mais les militants se voient également proposer TROIS lignes politiques différentes, intelligibles, ayant chacune leur sens, pour porter UN seul projet socialiste :
une ligne Royal, faite de démocratie participative et d'opinions, de sensibilité blairiste et axée sur les valeurs traditionnelles, à base d'ordre juste, située plutôt à droite du Parti socialiste ;
une ligne DSK, sociale-démocrate et réformiste, axée sur la croissance solidaire et la justice sociale, fondée sur le socialisme d'émancipation, de production et de redistribution, située pleinement au coeur du Parti socialiste ;
une ligne Fabius, classique à gauche (si ce n'est pour lui), étatique, sociale, interventionniste et anti-libérale, située clairement à gauche du Parti socialiste.
Voilà, en quelques lignes, les grandes caractéristiques des tonalités fortes portées par chacun des trois candidats et entre lesquelles les militantes et les militants seront amenés à choisir le 16 novembre prochain.
29 septembre 2006
DSK : "pourquoi je suis candidat"
Article paru dans l'édition d'Ouest-France du vendredi 29 septembre 2006
Après le renoncement de Lionel Jospin, Dominique Strauss-Kahn, son ancien ministre de l'Économie, dépose sa candidature à la présidentielle devant les militants socialistes.
Êtes-vous candidat à la présidentielle devant les militants socialistes ?
Oui, je dépose demain ma candidature. J'ai écouté les Français, sillonné le pays depuis plusieurs années. Je crois que la France est confrontée à des défis de grande ampleur. Moi, je dis : la rupture, c'est avec la politique de la droite qu'il faut la faire. Le moment de la vérité est venu. Ce qui est en cause, ce sont des choix qui marqueront pour longtemps la vie de chacun d'entre nous, de nos enfants et de nos parents.
Y pensiez-vous tout petit ou en vous rasant ?
Non. Avant de faire de la politique, j'ai enseigné l'économie, et je continue d'ailleurs de le faire ! Donc, pour moi, il ne s'agit pas d'une ambition que j'ai pu former tout petit. C'est une conviction qui s'est affirmée progressivement depuis le 21 avril 2002. Et quand je vois l'état de la France aujourd'hui, c'est maintenant, pour moi, un devoir. Maintenant une phase nouvelle commence. Elle va nous permettre de parler enfin des vrais sujets et je m'en réjouis.
Lionel Jospin a renoncé à être candidat. Qu'est-ce que cela change pour vous ?
C'est un retrait, je souhaite que ce ne soit pas une retraite. Sa voix compte et comptera. Il a été fidèle à lui-même, c'est-à-dire cohérent : il avait fixé des conditions pour être candidat et il a constaté qu'elles n'étaient pas remplies. En même temps, il a, je crois, contribué à éclairer nos débats en portant une certaine vision de la politique que je partage et que je veux faire vivre.
En quoi, à vos yeux, seriez-vous le mieux à même de combattre Nicolas Sarkozy ?
Il faut quatre conditions pour le combattre efficacement. Être rassurant, car il inquiète. Être rassembleur, car il divise. Défendre l'intérêt général contre les clans. Être porteur d'un projet ancré dans ce que la France a de meilleur en rejetant « la rupture » qui n'est qu'une importation du modèle américain.
Vous voulez être le candidat du renouveau de la social-démocratie. Mais ce gène-là existe-t-il dans la gauche française ?
Oui, non seulement le Parti socialiste est social-démocrate mais la France elle-même est très largement social-démocrate... sans le savoir ! Moi, le social est ma priorité et la démocratie ma méthode. Je suis un réformiste qui veut transformer petit à petit notre société, qui sait qu'il faut créer de la richesse pour pouvoir en redistribuer, qui souhaite lutter contre les inégalités en les attaquant à la racine. Le réformisme demande du temps. Je veux une gauche durable.
Avec qui le PS devra-t-il gouverner s'il l'emporte ?
Avec la gauche ! Évidemment !
Peut-il y avoir un rassemblement de la gauche sans programme de gouvernement ?
Non. Nous ne devons pas nous limiter à des accords électoraux. Si nous voulons faire renaître l'espoir, il faut avoir plus d'ambition.
Pensez-vous être le mieux placé pour rassembler la gauche ?
Oui et même doublement ! Au sein du Parti socialiste, car je suis au point de rencontre de l'innovation et de la tradition socialiste. Au sein de la gauche, car j'assume clairement mon identité social-démocrate et je respecte depuis toujours toutes les autres sensibilités. La gauche a su se rassembler plusieurs fois : contre le CPE, contre l'expulsion des enfants sans papiers et, à mon initiative, contre l'article de loi sur les « bienfaits « de la colonisation et pour le réseau Enfants sans frontières.
La dispersion des candidatures à gauche ne risque-t-elle pas de reproduire un autre « 21 avril » ?
C'est un risque. Je sens encore dans l'électorat de gauche le souvenir brûlant du 21 avril et la volonté de ne jamais le revivre. Je ferai tout pour créer à gauche la dynamique permettant de la conjurer.
Le budget 2007 réduit sensiblement le déficit. C'est difficile à attaquer pour un ancien ministre des Finances ?
Pas du tout ! Depuis cinq ans, la France est mal gérée. Cinq ans de perdus : la dette augmente, le chômage n'a pas baissé, le déficit de la Sécurité Sociale a explosé. C'est aussi pour cela que les défis que nous devrons affronter après 2007 sont si difficiles. Sachons - enfin ! - dire la vérité aux Français. On peut être ambitieux pour son pays sans lui faire de fausses promesses. La règle est simple : ne prenons que les engagements que nous pourrons tenir. C'est en tout cas ce que moi je ferai.
Le financement des retraites reste un problème central. Est-il raisonnable de plaider pour l'abrogation de la loi Fillon ?
Les régimes de retraite continuent d'accumuler les déficits. La loi Fillon n'a pas résolu le problème de financement, mais elle a accru les injustices. Je remettrai tout à plat - mais soyons honnêtes : il ne sera pas possible de revenir aux trente-sept années et demie de cotisations pour tout le monde. Je demanderai une négociation avec les partenaires sociaux pour tenir compte notamment de la pénibilité des différents métiers et du montant des petites pensions.
Si vous étiez à l'Élysée, comment aborderiez-vous la question du Proche-Orient ?
Je suis choqué par l'incapacité de l'Europe à se faire entendre dans le processus de paix. Lors de la crise de cet été, le président de la République française avait l'occasion d'utiliser la traditionnelle présence de notre pays au Liban pour faire avancer des propositions au nom de l'Europe. Le modèle européen peut en effet servir d'exemple. Voilà des peuples, la France, l'Allemagne, qui se sont combattus pendant des décennies et qui ont réussi à surmonter leurs haines, jusqu'à créer un espace où les conflits se règlent autour d'une table, par le débat et par le droit. Porteurs de ce modèle, nous avons un rôle particulier à jouer, et nous ne le jouons pas !
Par quelle autre initiative, l'Union européenne devrait-elle reprendre sa marche en avant ?
Ce sera, pour moi, une priorité de tous les instants. Je veux que la promesse, originelle, de réussite économique soit satisfaite et c'est loin d'être le cas. Et je ne renonce pas à doter l'Union d'un projet politique : je souhaite que le modèle social européen soit, pour tous les pays dans le monde qui accèdent à la démocratie, une alternative crédible au modèle américain.
Recueilli par Jean-Yves BOULIC, Paul BUREL, Didier EUGÈNE et Roland GODEFROY.
28 septembre 2006
Lionel Jospin ne sera pas candidat à l'investiture
Annoncée hier soir à ses proches et officiellement ce matin sur RTL, la décision de Lionel Jospin de ne pas présenter sa candidature aux militants était très attendue. Elle contribue à clarifier une situation nébuleuse et un débat paralysé par les incertitudes sur les personnes.
De ce point de vue, Lionel Jospin a été cohérent, soucieux de l’intérêt du PS et en phase avec les idées qu’il défend ; il avait annoncé que sa candidature n’était envisageable que si elle était utile et susceptible de rassembler, ce qui ne pouvait être le cas compte tenu du phénomène Royal, du fort appel pour un renouveau de la part de nos concitoyens et de la tardiveté de son « retour ». Il n’a pas voulu « fractionner le parti » en ajoutant une candidature de trop.
Mardi prochain, il y aura probablement 3 candidatures, chacune porteuse d’une ligne directrice différente et intelligible pour tous les militants :
une ligne Royal, faite de démocratie participative et d'opinion, blairiste et axée sur les valeurs familiales, à base d'ordre juste, située plutôt à droite du Parti socialiste.
une ligne DSK, sociale-démocrate, réformiste, axée sur la croissance solidaire et la justice sociale, fondée sur le socialisme d’émancipation, de production et de redistribution, située au cœur du Parti socialiste.
enfin, une ligne Fabius, classique à gauche (si ce n'est pour lui), étatique, sociale et ouvriériste, interventionniste et anti-libérale, située clairement à gauche du Parti socialiste.
Les militants seront amenés le 16 novembre prochain à choisir le candidate ou la candidature en fonction de la tonalité qu’il souhaite donner au projet socialiste au regard de la ligne politique défendue par chacun(e).
21 septembre 2006
DSK dans le Nouvel Obs

Sur la politique de l’emploi avec Dominique Strauss-Kahn, "Le Nouvel Observateur" et la République des Idées ouvrent le débat. Dsk répond aux questions de Philippe Askenazy, chercheur au CNRS, et Jérôme Gautié, directeur de recherche au Centre d’Etudes de l’Emploi.
Chers Philippe Askenazy et Jérôme Gautié,
C’est avec intérêt, et même gourmandise, que je vous réponds. J’aime les échanges sur les questions de fond. Je me méfie de ces périodes où l’on flatte un prétendu bon sens, elles ne présagent rien de bon.
Vous avez raison de dire que ce sera au prochain président de la République de prendre des initiatives. La mondialisation, le rythme du quinquennat, les exigences des Français, tout concourt à ce que l’on mette au rebut le président d’antan qui, à force de hauteur, finissait par ne plus être qu’un oracle. Je veux un président qui agisse. Je veux un président qui tienne la barre. Un président qui réponde aux cinq défis que vous abordez. Le premier est le défi de la connaissance.
Le défi de la connaissance
Je le dis dès le début, je partage votre diagnostic. C’est bien le retour à la croissance qui doit constituer notre première priorité parce que c’est la condition d’un débat serein sur la définition d’un nouvel équilibre entre les salaires et les profits, c’est-à-dire d’un nouveau compromis social.
Le retour à la croissance doit reposer sur plusieurs piliers. Le premier est celui de la coordination des politiques économiques en Europe. Nous nous sommes dotés d’une monnaie unique mais pas d’une politique économique commune. Cette faiblesse explique une partie du marasme économique de la zone euro et il appartiendra au prochain président de la République de convaincre nos partenaires de jeter les bases d’un « gouvernement économique » sans lequel toute promesse de croissance reste du domaine de l’incantation.
Nécessaire, la coordination des politiques économiques n’est pas suffisante. Pour assurer la croissance de l’emploi et du pouvoir d’achat, la simple prolongation du modèle existant est évidemment vouée à l’échec. Je suis déterminé à conduire à son terme la seule stratégie gagnante, celle qui repose sur l’économie de la connaissance. Classement après classement, nos universités sont éclipsées par les universités américaines, mais aussi devancées par trop d’universités européennes. Le retard pris dans le financement de la recherche publique et les difficultés de celle-ci à travailler avec le secteur privé, pire encore, la forme archaïque d’organisation de notre système universitaire fondé sur une faible autonomie, une faible compétition et de faibles moyens constituent des dangers mortifères.
Au delà, c’est tout notre modèle de développement qui est en cause. Nous devons préparer l’après-pétrole, ce qui nous conduira à des efforts considérables dans le domaine des énergies renouvelables et à un débat clair sur le rôle que nous entendons donner au nucléaire. Nous devons aussi apprécier la place qu’occuperont les services à la personne et notamment le défi qui représenteront les questions de santé. Je l’ai déjà écrit, ce modèle nouveau amène avec lui la biologie comme science dominante, les préoccupations environnementales comme principe de gestion publique, la qualité de la vie comme choix collectif.
Le défi de la formation
Il nous faut ensuite répondre au défi de la formation. Je suis, comme vous, préoccupé par ces dizaines de milliers de jeunes qui, année après année, sortent de notre système scolaire sans formation. Il n’est ni moralement acceptable ni économiquement supportable de voir ainsi tant de talents gâchés. Vous dites : « pas de coupes claires ». D’accord ! Mais je veux aller plus loin et insister sur ce que me semblent être les deux nœuds gordiens qu’il convient de trancher.
Le premier est celui des inégalités territoriales. Au prétexte qu’elles ne remplissent pas leurs objectifs, Nicolas Sarkozy propose de supprimer les zones d’éducation prioritaire. Tragique erreur ! Le problème des ZEP, c’est qu’elles n’ont de « prioritaires » que le nom : elles ne disposent que de 10% de moyens supplémentaires par élève quand les Pays-Bas sont à... 100%. Je fixe un objectif simple : moins de ZEP mais quinze élèves par classes dans les ZEP car, on le sait maintenant, c’est là la véritable clé de la réussite. Le second est celui de la petite enfance. Beaucoup se joue entre deux et six ans, quand se constitue ce que l’on appelle « le capital cognitif ». Je veux, comme cela se fait dans les social-démocraties du Nord, mettre en place un véritable service public de la petite enfance pour lutter contre les inégalités à la racine.
Le défi de la population
Le troisième défi est le défi de la population. Le vieillissement transforme notre pays qui n’a jamais connu un tel changement en si peu de temps ! Chacun le sait, cette rupture prend racine dans les progrès de la biologie, reformule les relations entre les générations, menace d’effondrement notre protection sociale. Elle pose aussi en termes nouveaux la question de notre démographie et, avec elle, celle des retraites et de l’immigration. S’agissant des retraites, je ne pense pas possible de réduire la durée de cotisation, mais je juge nécessaire de rétablir de la justice dans un système qui traite tout le monde de manière indifférenciée. C’est pourquoi il faut relancer la négociation pour tenir compte dans la durée de cotisation de la pénibilité du travail de chacun. Mais une France qui vieillit, c’est à terme une France qui meurt. Ce constat conduit à encourager la natalité, mais on sait combien ces efforts sont lents quand la confiance en l’avenir fait défaut. Il nous faut donc concevoir une politique d’immigration positive, balayant les vieilles craintes. Pour cela, il ne faut pas se tromper de problème. Nous n’avons pas trop de chômage parce que nous aurions trop de bras ; nous avons trop peu de croissance parce que notre population ne croît pas assez. Il ne s’agit pourtant pas d’ouvrir nos frontières à tous vents : l’immigration clandestine doit être combattue, mais il faut avant tout le faire en luttant contre tous ceux qui en tirent profit, les passeurs clandestins, les employeurs clandestins, les logeurs clandestins. Enfin pour que la pression reste supportable il faut bâtir un nouveau partenariat avec le Sud - et notamment avec notre Sud proche - que nous laissons honteusement s’enfoncer dans la misère.
En se saisissant de ces problèmes du long terme, le président de la République proposera ce qui fait le plus défaut aujourd’hui : une vision. Mais, pour rétablir véritablement la confiance, il devra également répondre à une seconde série de questions que vous soulevez autour de l’urgence sociale.
L’urgence sociale
L’urgence sociale touche d’abord ceux qui n’ont pas d’emploi. La réponse, on l’a vu, est avant tout, économique : sans croissance, pas d’emploi.
Aussi, n’est il pas nécessaire que je m’étende longuement sur le débat relatif à la flexibilité qui, bien souvent, n’est que le paravent bien transparent du « détricotage » du code du travail. Les réformes prônées par Nicolas Sarkozy - qu’il s’agisse du « contrat unique » ou, pire encore, de la liberté sans contrôle pour les licenciements économiques - n’auraient pas d’autres conséquences que de fragmenter et de fragiliser davantage encore notre société. J’y suis donc fermement opposé. Je propose, tout à l’inverse, d’utiliser l’instrument fiscal pour lutter contre la précarité du travail en modulant l’impôt sur les sociétés en fonction du comportement de l’entreprise en la matière.
Cela ne signifie pas qu’il n’y ait pas d’améliorations à apporter au fonctionnement du marché du travail, ce qui renvoie à votre question sur la « sécurisation des parcours professionnels ». L’enjeu est simple : les mutations professionnelles sont de plus en plus nombreuses ; elles accélèrent la progression de certains ; elles obligent d’autres à repartir de zéro. Il ne faut donc plus se contenter de protéger les postes, il faut renforcer les salariés en mutualisant ce nouveau risque professionnel. C’est pourquoi je propose que chaque salarié puisse bénéficier une fois dans sa vie d’une année de formation financée par tiers par l’entreprise, l’Etat et le salarié lui-même en repoussant de 4 mois son âge de départ à la retraite.
Cette urgence sociale touche aussi ceux qui ont un travail et qui, au fond, ont deux interrogations : leur salaire, leurs conditions de travail.
Le pouvoir d’achat est une préoccupation montante. Elle est légitime. Je veux insister sur l’organisation d’une conférence sur les revenus rassemblant dès le début de la législature tous les partenaires sociaux. Il nous faut définir pour les cinq ans qui viennent des modalités nouvelles de partage de la valeur ajoutée, tenir compte des efforts à produire en matière de formation, revaloriser les bas salaires et débattre des conditions de travail. Celles-ci constituent trop souvent un angle mort du débat public : je me souviens de l’indifférence polie que j’avais suscitée il y a près de trois ans lorsque je m’étais élevé contre la détérioration des conditions de travail qui n’est pas seulement liée au stress mais aussi aux troubles musculo-squelettiques. Il est aujourd’hui impératif de réagir.
Les leviers du changement
J’en termine par la série de questions qui concernent les leviers du changement : l’Etat et les partenaires sociaux.
L’Etat est un piètre employeur, et cela ne date pas d’aujourd’hui. Je veux un Etat plus juste et plus efficace. Un exemple : il faut que l’Etat, auquel c’est aujourd’hui interdit, puisse signer de vrais compromis sociaux. Autre exemple : des remise en cause des droits acquis peuvent être nécessaires, elles doivent donner lieu à une indemnisation. Quant aux finances de l’Etat, l’engagement que je prends est de faire ce que j’ai déjà fait de 1997 à 2000 : faire baisser les ratio dette/PIB.
S’agissant ensuite de la démocratie sociale, je constate, pour le regretter, qu’il y a en ce domaine les discours des temps d’opposition et les actes des temps de pouvoir. Je souhaite que le contrat trouve, aux côtés de la loi, la place qui lui revient. A cette fin, je continue de défendre des propositions plus radicales que celles que vous évoquez : l’organisation d’élections permettant de mesurer la représentativité et d’augmenter la légitimité des syndicats ; la règle majoritaire qui doit conditionner la validité d’un accord collectif. Je crois au rôle des corps intermédiaires - syndicats, mais aussi associations ou partis politiques -, il faut donc les rénover en profondeur.
Voilà, en définitive, ce que doit être pour moi la mission du prochain président de la République : bâtir un nouveau compromis social-démocrate dans une économie mondialisée ; assurer une cohérence entre une vision du monde et des propositions concrètes ; être capable à la fois de fixer des principes et d’oeuvrer à leur mise en oeuvre. Je mesure qu’il s’agit là d’une conception nouvelle du rôle du président de la République. Je la crois adaptée aux temps nouveaux, difficiles et incertains.