08 novembre 2006
Ségolène Royal : la bourde de la bombe
La compétence et l’expérience sont un inconvénient disait récemment l’ex-rénovateur Arnaud Montebourg. A voir ! Au moins, ces deux qualités évitent-elles de commettre des impairs sérieux.
Hier soir, Ségolène Royal a souhaité que l’on empêche l’Iran de se doter du nucléaire civil. C’est une énorme bourde qui aurait des conséquences graves si elle était commise par un Président de la République.
Que l’on en juge ! Le principe du Traité de Non-Prolifération (TNP) est d’accorder un droit – l’accès au nucléaire civil - et d’en refuser un autre – se doter de l’arme atomique. L’article 4 du TNP précise ainsi : « aucune disposition du présent Traité ne sera interprétée comme portant atteinte au droit inaliénable de toutes les Parties au Traité de développer la recherche, la production et l'utilisation de l'énergie nucléaire à des fins pacifiques, sans discrimination ».
L’Iran est signataire du TNP : son droit au nucléaire civil et à la la maîtrise du cycle est donc inaliénable. Si la France déniait à l’Iran le droit d’accès au nucléaire civil, elle se mettrait donc en contravention avec le TNP. Ce serait une position illégale au regard du droit international. Même les Etats-Unis ne réclament pas cela.
Le résultat d’une telle politique serait le suivant. L’Iran selon toute probabilité se retirerait du TNP invoquant une circonstance extraordinaire, en l’occurrence le refus d’un des Etats nucléaires de souscrire à ses obligations découlant du TNP. De son côté, la population ferait front autour de son président-dictateur.
Cela constituerait l’arrêt de mort du TNP et la prolifération ne pourrait plus être arrêtée. L’Iran ne serait plus contrainte, dès lors, d'accepter les contrôles de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique. On aboutirait à l’effet inverse de celui escompté. Et en plus, en passant, on aurait discrédité le droit international.
Comme à l'accoutumée, Ségolène Royal expliquera bienôt que ce n'est pas vraiment ce qu'elle voulait dire. Mais imagine-t-on le Président de la République expliquer à ses homologues que ce qu'il a dit n'était pas tout à fait ce qu'il avait voulu dire ?
Il est vrai que Ségolène Royal n’en est pas à son premier impair diplomatique. Après avoir rencontré le Président irakien, elle avait déclaré que le pays allait dans la bonne direction… avec cinquante morts par jour et une guerre civile sans fin. L'expérience internationale n'est pas forcément inutile.